Ça aurait pu être pire

Voici une semaine que je vois circuler des posts indignés sur un extrait de l’interview de Samir Geagea au « Nahar » : Oh ! Comment peut-il dire que les choses auraient été pires si Michel Aoun n’avait pas été élu président ? Pour ensuite répondre par un joli raccourci de pensée : « Ah quelle naïveté » ou : « Ah il a voulu jouer au malin. »

Et bien oui, Samir Geagea a soutenu l’élection de Michel Aoun et il a « bien » fait. Non, il n’est ni naïf ni joueur. Et oui les choses auraient pu être pires. Pire que ça ? Oui. Alors quel est le pire ?

Le pire est une guerre civile qui nous guette encore chaque jour, une nouvelle guerre interchrétienne qui aurait définitivement fait sortir de l’histoire les chrétiens. Les traumatismes collectifs sont encore bien présents, la haine, la violence prêtes à ressurgir. Sommes-nous condamnés à revivre 88-90 ? Non.

Penser que le peuple a gagné en maturité que « non, plus jamais la guerre » est une illusion, un « wishfull thinking ». La « révolution » du 17 octobre a montré combien le peuple, après une lune de miel passagère, était désuni.

L’attaque récente sur Gaza et la division des Libanais, même au sein des communautés chrétiennes autour de la cause palestinienne, confirme que 50 ans plus tard et malgré tous les massacres perpétrés contre les Libanais, certains sont toujours capables, en 2021, de s’émouvoir pour les « beautiful people of Palestine » et iraient jusqu’à porter les armes pour les défendre.

L’histoire des frères ennemis est aussi vieille que le monde, aussi vieille que celle de Caïn et Abel dans la Bible : éliminer d’abord son frère, désigné comme premier ennemi, avant tout. Le reste attendra.

Non, je n’ose pas imaginer les conséquences d’une guerre civile, des milliers de morts et de blessés.

On peut surtout féliciter un peuple qui, deux ans après un échec lamentable, donne à Michel Aoun un groupe de 29 parlementaires. Qui dit mieux ?

Aoun refoulé de la présidence aurait continué à tout bloquer pour créer le vide des institutions. Ce qui aurait mené le pays à l’effondrement… mais avec quatre ans d’avance.

Et quand le modérateur sunnite Saad Hariri se révèle être peu fiable, la marge de manœuvre se trouve drastiquement réduite pour Geagea face à Aoun. Déclarer la guerre, déclarer forfait en se tuant politiquement ou essayer de faire avec les ambitions du général en lui imposant un cadre ?

Il a opté, en toute connaissance de cause, pour délimiter un cadre avec Aoun, comme on construirait des digues. Les digues étaient bien construites mais ont été immédiatement détruites. L’eau, une eau souillée, s’est répandue sur nos terres.

Oui, passer un accord avec son pire ennemi, c’est souvent choisir entre deux maux et non entre le Bien et le Mal.

C’est amputer une jambe gangrenée pour essayer de sauver une vie. L’essai peut se révéler infructueux…

On se souvient encore du soulagement d’une grande majorité de Libanais, chrétiens en particulier, après la signature de l’accord de Meerab.

Ne l’eût-il pas fait qu’il aurait été accusé d’être rancunier, semeur de zizanie et mis au banc d’infamie, éjecté de la scène politique. Et le pays livré au Hezbollah plus vite.

À l’évidence, le contrat n’a pas été respecté. Non seulement sur certains points, ce dont on aurait pu s’attendre venant de Aoun, mais il a été complètement dynamité, saboté dans sa totalité.

Si Aoun n’a pas respecté le contrat on tape sur Aoun ou sur ceux qui l’ont soutenu pendant 30 ans, pas sur Geagea. Question de bon sens élémentaire.

Mais Geagea est le bouc émissaire tout trouvé. Il doit porter les erreurs des autres, les sauver de leurs péchés, de leur culpabilité d’avoir cru et voté pour le général. Admiré, jalousé ou hué, sur le front des champs de bataille, en prison ou à Meerab, il est toujours resté égal à lui-même, fidèle à ses valeurs et à ses convictions.

Et donc il dérange les mafieux, roublards, voyous, secoue les paresseux parce qu’il sort du lot de la médiocrité.

Pour dominer, pense l’ennemi, il faut élaguer les têtes qui dépassent (un grand classique en petite politique).

Nous sommes dans un pays où tous les hommes qui auraient pu sauver le pays sont morts assassinés. Ils ont essayé avec Geagea, à maintes reprises, de le tuer physiquement ou symboliquement en usant de la calomnie. Ils ont échoué.

Il est là, solide et plus fort que jamais. Et n’en déplaise aux aounistes, ex aounistes et « wannabe thawarjiyeh keffiyeh » tous réunis, sa popularité ne fait qu’augmenter.

C’est bien pourquoi les FL sont les seules à ne pas craindre des élections législatives, les seules à les réclamer depuis plus d’un an.

Comme le proverbe chinois dit : on mesure une tour à son ombre et les grands hommes au nombre de leurs détracteurs.

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OLJ / Par Sandra KHAWAM

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